L'association du Comptoir de Féerie est constituée d'Arcos et Flôrence Neumuller.

  Notre devise : " Rendre ses droits à la nature avant qu'elle ne les reprenne d'elle-même. "

   L'approche du photographiste

Nous, humains, sommes des animaux routiniers,
vivants dans une réalité que nous avons tendance
à réduire au premier point de vue.
Il y a aussi de nombreuses façons de regarder,
le cadre de la photo ou de la peinture nous permet de les envisager.


Dès lors le monde devient plus vaste,
pas seulement par ses infinités de point de vue,
mais aussi par différentes focalisations de l'attention,
sur les ombres, ou les aspects communément laissés de côtés, en plissant les yeux...
On entre dans une perception relative,
en ce sens qu'un véritable échange se crée entre le monde et soi,
je ne suis plus un observateur extérieur, j'appartiens au monde,
je deviens le monde. Symbiose...

Il me raconte l'indicible profondeur de ses mystères,
et c'est ainsi qu'une pictographie impressionniste, fauviste,
cubiste, minimaliste, romantique ou méta-futuriste,
peut prendre forme. C'est l'avantage du numérique sur le pinceau.

à l'instar des enfants, et grâce à l'appareil photo,
je manipule mon outil de perception visuelle
ainsi que l'interface interprétant les données transmises, ma raison,
pour les livrer à ma conscience.
Je prends du recul par rapport à la toute puissance des sens.
Qu'en est-il de la réalité que je ressens comme vue ?

Peut-être sommes nous faits pour devenir les points de conscience
d'un immense océan d'esprit, mystérieux et puissant,
au-delà de cette condition humammifère grouillante et auto-satisfaite ?

Arcos



Interview de Flôrence :

Quels artistes t'ont attirés vers l'Art ?
      Transfigurer la réalité, ce qu'ont fait Michel Angelo, Raphaël, Camille Claudel ou
Baudelaire... Les symbolistes, les architectes Gaudi et Hundert Wasser, la visite du musée Dali,
les sculptures de Picasso au Grand Palais, les expo' du Sénat...et tous ceux dont le travail
vibre de vie...

Que représentent tes créations ?
       Des passes-murailles, voyageant d'une dimension à une autre... une certaine sensualité
se dégage de ces esprits matérialisés, accompagnés de fragmentations et de failles rappelant
notre état humain.
      Je rends visible ce sur quoi je concentre mes perceptions en écoutant la matière
... en lâchant prise... ou pas.
      Le travail sur commande m'a permis de repousser les limites de ce que je croyais être
mes capacités : j'en suis venue à pouvoir représenter les expressions d'esprits androgynes
de la tête aux pieds, de quelques dizaines de centimètres à un mètre de hauteur et certains
de leurs environnements...

Où as-tu montré tes sculptures ?
      Au Comptoir de Féerie ( fixe et itinérant ); à l'Arthémuse de Briec; à l'espace d'Art
Conptemporain Ici-là; à l'Hôtel InterContinental de Paris; dans des galeries à Saint-Germain
des Prés; dans des châteaux en Bretagne et à Paris avec Figuration Critique; au Téméraire
( le bar où Alessandro Jodorowsky tire les tarots ); à l'Abbaye de Corbigny; lors de l'expo
" Magie et Onirisme", organisée par " Décrochez-moi ça "...

Où est la beauté ?
       Dans les instants où toutes les forces en présence sont au diapason de l'harmonie.

Qu'est-ce que l'harmonie ?
       Le plaisir d'être sur la même longueur d'onde, la justesse d'une courbe...

Qu'est-ce que la justesse ?
       L'oeil est satisfait devant elle..
. Les sens s'éveillent. Elle permet au message inscrit
dans la matière de s'exprimer clairement.

Quelles lumières terrestres t'ont marquées ?
       Toutes ! C'est comme une gamme se déployant autour du globe. Sud et nord sont
nécessaires comme, s'il venait à disparaître, le mi manquerait au sol...

Où est l'art ?
        En dehors de la société, sa distance lui permet de traduire la réalité ou de s'y perdre...

Où va ta préférence ?
        Vers la liberté du rire partagé.

Qu'est-ce qui t'agace le plus ?
         De savoir qu'une méchante partie de la pollution et de la faim dans le monde provient
du mode d'alimentation barbare et désuet adopté depuis la fin de la seconde guerre
mondiale, par une majorité d'inconscients du monde dit " civilisé "...
         De savoir que la ségrégation amplifie les rancoeurs, amplifiées par le dédain,
qu'amplifient les animosités créées par le rejet... (les misères du monde seraient-elles
nées de petites souffrances mesquines, s'amplifiant ? issues d'émotions mal gérées,
mal pardonnées, mal comprises, mal engendrées ?)
         Que tout le monde ne sache pas que Groddeck a démantelé le complexe d'Oedipe :
Quand les parents permettent à leurs enfants de découvrir leur intimité en toute liberté
(encouragement verbal de l'onanisme solitaire), ils n'ont pas à vivre l'angoisse de ne pas
se suffire à soi-même et l'engrenage des transferts n'a plus lieu d'être...

Qu'elle est ton inquiétude ?
           Le Tibet et le Bhoutan vivent les mêmes horreurs qu'il y a des décennies... Un camp
de prisonniers prêt à accueillir 10 000 000 de personnes existe à la frontière du Tibet et de la
Chine... Chaque jour ne nous rapproche-t-il pas de celui où l'ONU ne pourra plus rien faire ?
( il ne s'agit pas de critiquer la Chine, puisqu'il semblerait, selon le miroir de l'histoire, que ce soit
chacun son tour d'expérimenter la dictature au sein de sa patrie... mais néanmoins, ne pourrait-on
pas, encore quelques fois, conjurer le sort et éviter la continuation du pire, peut-être même grâce
à l'aide des chinois dissidents  ne voulant pas voir leur peuple accomplir le soi-disant -inéluctable
avènement- de l'empire mondial chinois...)


Qu'est-ce qui t'attriste le plus ?
         La bêtise humaine à deux doigts de tuer la Terre...

Quel est le plus grand paradoxe ?
             Environ 450 m2 de culture de végétaux ( 100 m2 d'association légumineuses et
céréales - elles poussent mieux ensemble - un potager et un verger ) plus une
supplémentation de vitamine  B12 ou les cadavres
d'animaux encore chauds trouvés aux bords des routes shootés par les automobilistes, suffiraient
à nourrir une personne pendant un an...
          pendant le même temps pour chaque français ( végétariens compris ), plus de 450 m2
de forêt Amazonienne sont détruits et servent à faire pousser la nourriture OGM que
mangent les boeufs torturés pour assouvir les croyances des humains mangeant encore
des cadavres d'animaux en trop grande quantité... Comment respireront ces boeufs, engendrés
par la fantaisie opportuniste de notre administration, dans quelques décennies, si nous ne
réagissons-pas ?
                 La force du paradoxe s'équilibre dans le point de rupture - là où tout se joue - :
la magie des balles... de jonglerie restant en équilibre en l'air un instant, se retrouve dans tous
les actes quotidiens. Le repos entre l'expire et l'inspire est le vide où tout peut apparaître...
Les moments d'éveil et d'endormissement : à l'éveil les questions posées avant de s'endormir
ont leurs réponses. Avant de sombrer dans le sommeil, on peut entrer dans le monde des
rêves lucides si l'on est conscient de s'endormir...

Quelles questions restent sans réponse ?
        Que se passe-t-il lorsque la vie biologique s'arrête ?
        Pourquoi tant de centrales nucléaires ont été construites alors qu'on ne sait toujours
pas comment désactiver celles qui ne "servent" plus ?
        Comment a-t-on pu ôter le libre-arbitre aux paysans français sans qu'ils se rebellent ?
        Qu'adviendra-t-il de la révolte des Bonnets Rouges ?
...

 


A quoi sert l'art ?

             Du point de vue de l'artiste :
" au moment où s'achève ce livre, je m'aperçois qu'il a suivi, comme cela, par hazard,
à mon insu, le déroulement du cérémonial de guérison magique : Tahu Sa, Beka, Kakwahaï.
Ces trois étapes qui arrachent l'homme indien à la maladie et à la mort, seraient-elles
celles-là mêmes qui jalonnent le sentier de toute création : Initiation, Chant, Exorcisme ?

Un jour, on saura peut-être qu'il n'y avait pas d'art, mais seulement de la médecine."
J.M.G Le Clézio. Fin de l'introduction de Haï.


Il permet la mise en lumière du monde intérieur de l'artiste. La compréhension de ce
qu'il est devient possible. Dès lors, il peut travailler à son amélioration, à tous points de vue,
de représentation en représentation.

              
           De celui des spectateurs :
Apprendre, comprendre, se distraire, partager un moment entre amis, s'ouvrir à d'autres
mondes...
Se confronter à l'inconnu, l'inconnaissable, ou être déçu(es)...


Quelle est votre valeur préférée ?

Si je maîtrisais le monde, l'étalon serait la tolérance...


Que pensez-vous du silence ?

La musique naît de lui.


Quelle est votre religion ?

Aucune, elles mènent toutes à la guerre entre deux dogmes obligataires.


Que pensez-vous de la spiritualité ?

Si l'on croit pouvoir vivre sans, c'est par manque de connaissances, ou fainéantise...
Chacun la sienne.
Elle n'a pas de frontière.



Quel rapport avez-vous avec votre corps ?

C'est mon véhicule physique, énergétique et mental. Sans lui mon esprit serait quoi ?
Si nous sommes de la lumière solidifiée, il est temps de faire reculer les ténèbres :
Unissons-nous contre l'obscurantisme.



Quelle est votre réaction à la fusillade de Charlie ?

La tectonique des plaques.

Ne pas avoir la même couleur de peau ressemble à ne pas avoir les mêmes idées politiques :
C'est comme si l'on n'était pas sur la même plaque tectonique, dès que l'on ne respecte
pas la distance, que l'on se permet une familiarité, on tombe dans le précipice
où l'on créait un cataclysme...

En France il y a les biens pensants et les mauvais pensants, selon les périodes ils sont
d'un camps ou d'un autre, mais l'union des contraires n'a pas l'air d'être possible, dommage.


Appartenir à la même plaque tectonique abolit la gravité des failles, est-ce normal ?

Tout repose sur l'équilibre entre les contraires, à la moindre faute, on risque le pire,
quelque soit le domaine pratiqué.



Quelles pratiques vous ont formées ?

Ou déformées ?
Faire le vide avant et pendant la pratique des arts.
Tout naît de l'équilibre entre le vide et le plein, qui permet de découvrir de nouvelles voix et voies...



extrait d'un article paru dans une revue d'Art il y a une dizaine d'années :

" Et puis, le visage, créé, là encore, avec un réalisme sculptural et une beauté si totale que
l'artiste éprouve chaque fois le besoin de détruire cette harmonie : tantôt en lui mettant des
yeux blancs et vides qui le durcissent, le masculinisent, le rendent énigmatique... tantôt en
revenant à de rituelles allusions ancestrales, par l'apposition d'un cache pustuleux comparable
aux figures blessées des pestiférés d'antan. Subséquemment, elle change sa connotation,
afin d'effrayer peut-être, à tout le moins de perturber le visiteur par ce mélange de
fascination / attraction / répulsion que génèrent ces ajouts de plumes, poils, colifichets...
toutes images dont la rémanence s'imposera à lui longtemps après son départ.
        Sans doutes s'agit-il pour Florence Neumuller, de jouer à ce jeu vieux comme l'homme,
de la dualité du paraître / disparaître : donner à voir et à admirer ; et dans le même temps,
dissimuler, transformer la réalité ; avoir l'air de suivre une ligne, mais de dire " autre chose",
"autrement"."

   Lors de l'exposition dont parle cet article, une enfant a demandé si c'était la même
personne qui avait fait mes sculptures et le film Fantasia... C'est dire à quel point l'art est
vu par chacun à sa manière.